Slip chauffant et lactation induite

On avait prévu de vous envoyer cette newsletter en décembre mais le temps nous a rattrapées. Cela dit, ça ne tombe pas si mal finalement, car nous sommes fières de pouvoir commencer 2021 avec ce numéro. Dans la première partie, on vous parle d’une méthode de contraception qui ne comporte aucun effet secondaire, et qui est pourtant très peu répandue. Ensuite, on partage avec vous notre conversation avec Pauline, qui allaite le bébé qu’elle n’a pas porté (ce n’est pas de la magie mais c’est quand même merveilleux). Et enfin, on vous propose trois nouvelles dates d’ateliers d’auto-observation numériques. On a hâte de vous retrouver !


Le slip chauffant

Quand on évoque la contraception, on pense en général en premier lieu à la pilule, puis éventuellement aux dispositifs intra-utérins (stérilets) ou aux implants, mais plus rarement aux méthodes qui empêchent la production et l’émission de spermatozoïdes. Dans leur ouvrage La charge sexuelle, Clémentine Gallot et Caroline Michel évoquent aussi la charge contraceptive : dans les couples cis-hétéros, ce sont en grande majorité les femmes qui, seules, choisissent et paient la contraception, alors même qu’elle concerne un couple. Ce sont aussi leurs corps qui en subissent les éventuels effets secondaires. Il existe pourtant des méthodes, notamment non médicales, qui permettent à chaque individu de maîtriser sa fertilité. C’est ce que l’association GARCON (Groupe d’Action et de Recherche pour la CONtraception) souhaite promouvoir. Pour stopper la production de spermatozoïdes ou empêcher la fécondation, il existe pas moins de quatre méthodes : le préservatif, la contraception thermique, la contraception hormonale et la vasectomie. La transition hormonale et la pratique du tucking chez les femmes trans peuvent avoir des conséquences similaires aux dispositifs contraceptifs : la diminution, voire l’arrêt de la production de spermatozoïdes, sans que cela soit systématique ni irréversible. Le spermogramme reste la seule solution pour s’en assurer.

La contraception thermique

Aujourd’hui, intéressons-nous plus précisément à la contraception thermique, aussi appelée “slip chauffant” ou “remonte-couilles toulousain”. Ce dispositif, créé artisanalement dans les années 80, consiste à augmenter la température des testicules pour stopper la production de spermatozoïdes. Le port d’un sous-vêtement spécifique (ou d’un anneau, appelé “andro-switch”) permet de faire remonter les testicules dans le canal inguinal, en position haute, laissant le scrotum “vide”. En effet, la spermatogénèse (production de sperme) se fait lorsque la température est à 33°C environ. Une fois remontées dans le corps, la température des testicules augmente à 37°C degrés et la production de sperme est bloquée. S’il n’y a pas beaucoup de données scientifiques concernant l’efficacité de la méthode du “slip chauffant”, une équipe de médecins toulousains met en avant des résultats très encourageants. Les couples qui déclarent l’utiliser indiquent une performance élevée. Cependant, la méthode ne fonctionne qu’à condition de porter le slip de manière rigoureuse et systématique, entre 14 et 16 heures par jour. Afin de vérifier son efficacité, un suivi médical doit être envisagé, et un spermogramme doit être réalisé régulièrement (il permet de compter le nombre de spermatozoïdes et d’observer leur mobilité. Il est possible de le faire soi-même à l’aide d’un microscope). L’efficacité est avérée après trois mois d’utilisation quotidienne, soit le temps de fabrication et de maturation des spermatozoïdes.

Cette méthode contraceptive n’est pas gratuite, mais son coût reste relativement faible. Il faut prévoir l’achat du slip ou les matières premières pour le fabriquer soi-même. Les consultations médicales de suivi et le spermogramme peuvent être pris en charge. 

Si les sous-vêtements ne sont pas encore commercialisés, il existe quelques tutos ainsi que des groupes d’usagers pour coudre son slip ! Vous pouvez vous rapprocher par exemple du collectif Thomas Bouloù, de l’Ardecom ou de GARCON.

Le film Vade Retro Spermato raconte l’histoire des groupes de parole d’hommes qui ont permis l’émergence de la contraception thermique en France dans les années 70. Il fait le point sur l’état actuel d’une contraception masculine qui est maintenue artificiellement à l’état expérimental, des différentes pistes dans ce domaine dégagées à l’époque aux pratiques actuelles qui fonctionnent.


GARCON lance des ateliers d’auto-observation gynécologique ! Si vous êtes à Toulouse, n’hésitez pas à vous inscrire à leur mailing list pour être tenu.e au courant des prochaines dates et à consulter leur page pour en savoir plus sur le projet.


La lactation induite

L’allaitement fait souvent l’objet de conversations vives sur les intérêts ou contraintes qu’il procure mais nos connaissances sur le sujet sont néanmoins parcellaires. Une information toute simple permet pourtant d’ouvrir d’autres imaginaires et perspectives : l’allaitement n’est pas réservé aux femmes ni aux personnes qui viennent d’accoucher !
Pour évoquer pour la première fois sur Les Flux l’allaitement induit, nous vous proposons un entretien avec Pauline, qui vient d’avoir un bébé avec sa compagne, son deuxième enfant. Elle a parlé avec beaucoup de joie de son allaitement sur Instagram (suivez-là !) et a accepté immédiatement de raconter leur histoire pour la newsletter. J’espère que ce témoignage vous enthousiasmera autant que nous, et nous continuerons à explorer ce sujet dans les prochains mois.

  • Comment en êtes-vous arrivées à envisager que tu puisses allaiter ce bébé ? Vous saviez que c'était possible avant ? Aviez-vous rencontré des personnes qui l'avaient fait ? Lu des témoignages ?

Quand ma compagne est tombée enceinte, une amie médecin généraliste m’a parlé de la lactation induite. J’ai lu pas mal de témoignages qu’on peut trouver sur Internet, notamment de femmes québécoises, et de femmes adoptantes. Je n’ai pas réussi à entrer en contact avec des personnes qui l’avaient fait. Nous voulions tenter un co-allaitement. Mais ma compagne ayant subi un cancer du sein et les traitements associés (chimiothérapie puis radiothérapie), elle n’a finalement pas pu mener à bien son projet d’allaitement. Je me suis retrouvée à allaiter notre bébé à 100%. Ce n’était pas prévu et, pour être honnête, je ne pensais pas que ça serait possible ! 

  • Comment avez-vous fait pour trouver des infos, des conseils ? 

J’ai suivi aveuglément les conseils de mon amie médecin parce que l’information sur le sujet, en France, est rare et même quasi inexistante. Je n’en avais jamais entendu parler et je n’ai rencontré, par la suite, presque personne qui connaissait le phénomène. 

  • Avez-vous été accompagnées par du personnel soignant ? Comment votre projet a-t-il été reçu par le personnel médical ?

Mon amie médecin m’a donc informée du protocole à suivre, m’a expliqué comment les choses se passaient dans mon corps, et je me suis lancée ! Pendant la grossesse, nous avons été suivies par un sage-femme libéral qui s’est montré très enthousiaste et encourageant quand on lui a parlé de notre projet. Après la naissance, à la maternité, aucune sage-femme ni aucune puéricultrice n’avait jamais entendu parler de la lactation induite, nous sommes passées pour de véritables OVNI, on a eu plusieurs visites dans notre chambre de « bonjour, c’est vous qui… ? » avec des demandes d’explications. C’était toujours très bienveillant, certaines étaient émerveillées et regrettaient de ne pas être au courant. 

  • En quoi a consisté le protocole que tu as suivi ? J'imagine que c'était contraignant, peux-tu détailler les éventuels effets sur ton corps, ton moral ? Est-ce que le tire-lait a été douloureux au début ?

Le protocole consiste en la prise d’une pilule contraceptive, pour « duper » le cerveau et lui laisser croire que le corps entame une grossesse. Puis la prise d’un comprimé anti-nauséeux, qui, pris à haute dose, permet la hausse de la prolactine, hormone qui intervient dans la lactation. Enfin, et c’est la partie la plus importante, il s’agit de stimuler, dès le 7ème mois de grossesse, au tire-lait, à raison de 15 minutes toutes les trois heures. 

C’est assez contraignant, et il faut surtout avoir… du temps ! Il se trouve que j’en avais et que j’étais très motivée. Le tire-lait a été douloureux les 15 premiers jours, je dirais, mais rien d’insurmontable. Il faut surtout s’accrocher psychologiquement, car, au début… il ne se passe rien. Mais quelle joie quand arrive le colostrum, puis les premières gouttes de lait ! À la fin, avant la naissance, je remplissais des biberons entiers, ce qui m’a permis de congeler pas mal de lait, et aujourd’hui, je suis bien contente d’avoir ce stock à disposition. 

  • Avez-vous rencontré des difficultés pour mettre en place cet allaitement à l'arrivée de votre bébé ?

Quand notre fille est née, il était évident pour nous deux qu’il fallait qu’elle tête d’abord ma compagne, qui a porté le bébé et qui souhaitait allaiter. Pendant plusieurs jours, elle a donc été mise uniquement à ses seins, dans l’attente de sa montée de lait. Lorsque nous avons finalement compris que sa montée de lait ne se ferait pas, alors j’ai mis ma fille au sein, et ça a fonctionné tout de suite ! J’ai été conseillée par les sage-femmes à la maternité sur les positions d’allaitement, mais comme n’importe quelle maman « normale ».

  • Tu avais allaité brièvement ta première fille, qu'est-ce qui a été différent entre ces deux expériences ?

J’ai eu ma première fille il y a dix ans, j’étais toute jeune et je ne savais pas demander de l’aide. Mon accouchement ne s’était pas spécialement bien passé, j’ai subi un gros baby-blues, et malgré mon désir fou d’allaiter, cet allaitement a commencé dans la douleur et je n’ai pas réussi à le poursuivre sereinement. J’ai des images terribles de mon bébé hurlant rejetant mon sein et moi, désemparée, ne sachant pas quoi faire. J’avais fini par tirer mon lait pour le lui donner au biberon, chose que j’ai fait quelques semaines avant d’arrêter, découragée, car le tire-lait représentait à l’époque un véritable cauchemar pour moi… comme quoi !

Mes deux expériences n’ont donc rien à voir du tout. Ce deuxième allaitement vient réparer le premier, consoler ce deuil qu’il m’avait été très difficile de faire. C’est une vraie joie, un vrai plaisir, une chance que je ne pensais pas avoir un jour. 

  • Bénéficies-tu des mêmes aménagements au travail que ceux prévus traditionnellement (local dédié, temps sur les heures de travail, etc.) ?

J'ai dû me battre, à l’aide de délégués syndicaux, avec mon chef qui me refusait mon droit à tirer mon lait sur mon lieu de travail. Une fois qu'il a accepté, les aménagements sont les mêmes que pour mes collègues, oui. Je tire mon lait deux fois par jour chaque journée travaillée, à raison de 30 minutes à chaque fois. 

  • Quels conseils donnerais-tu aux personnes qui souhaitent allaiter un enfant qu'elles n'ont pas porté ?

Avoir vraiment, vraiment envie ! Je crois que ça se joue pour beaucoup dans la tête, donc il faut savoir pour quoi on le fait, et s’en donner les moyens. Et essayer, mais c’est très facile à dire et très difficile à faire, de ne pas culpabiliser si ça ne fonctionne pas, ou pas comme on voudrait. C’est tout de même une prouesse du corps, et il y a mille raisons qui peuvent expliquer les éventuels échecs.

Merci mille fois Pauline pour ton témoignage.


Pour alimenter nos réflexions, nous aimerions recueillir le témoignage de femmes trans ayant allaité ou nourrissant le projet d’allaiter leur enfant. N’hésitez pas à nous écrire à l’adresse suivante : contact@lesflux.fr !


Ateliers numériques

Lors de cet atelier de 2h30, nous vous proposons un temps d’échange puis un temps d’auto-observation dans lequel nous vous guidons dans l’exploration externe de votre sexe. Vous pourrez vous observer chez vous, à côté de la webcam ou avec la webcam éteinte.

Si vous souhaitez participer, il faut vous assurer de plusieurs points :

  • Vous avez un ordinateur ou une tablette avec une webcam et un micro (il est souvent intégré). C’est encore mieux si vous avez un casque ou des écouteurs.

  • Vous avez une connexion internet suffisamment bonne (par exemple vous pouvez regarder une vidéo YouTube de manière fluide).

  • Vous pouvez trouver un endroit calme et isolé dans lequel vous êtes à l’aise pour regarder votre sexe.

Pour vous observer vous devez avoir à portée de main :

  • un miroir à poser (par exemple comme ça ou ça) ou sur pied devant lequel vous pourrez vous asseoir

  • une lampe de poche ou de la lumière naturelle

  • du lubrifiant (vous pouvez utiliser de l’huile végétale ou de l’aloe vera)

Le nombre de participant·e·s est limité à 6 personnes, et un minimum de 4 inscrit·e·s est nécessaire pour que l’atelier se déroule.

Trois dates à venir :

  • le 10 février de 20h30 à 23h

  • le 21 février de 14h à 16h30

  • le 3 mars de 20h30 à 23h

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La newsletter de ma chatte fusionne avec... 💥

Ce mois-ci, nous avons une super nouvelle à vous annoncer : la fusion de notre newsletter avec celle de Cyclique. Vous connaissez forcément déjà Cyclique, la plateforme queer et inclusive dédiée au cycle menstruel, et son festival Sang Rancune ! Nous avons décidé de réunir nos forces éditoriales pour vous proposer un contenu riche et, on l’espère, plus régulier. Si vous êtes déjà abonné.e à la Newsletter de ma chatte, rien ne change pour vous. Bienvenue aux petites nouvelles et nouveaux !
Dans cette toute première édition Les Flux x Cyclique, nous vous proposons un article d’Eva-Luna sur l’avortement par prise de médicaments, un point sur les différents endroits où recourir à l’IVG, des numéros verts toujours ouverts pendant le confinement et un atelier d’auto-observation en ligne ! Vous n’échapperez pas non plus à une petite sélection de podcasts appréciés ces derniers mois et une revue de presse :)
Bonne lecture !


Revue de presse

Photo © Joanna Helena


Confinement, rebelote

Malgré le confinement, de nombreuses associations et services sont ouverts et disponibles.

Violences Femmes Infos 3919

Viols Femmes Infos 0 800 05 95 95

Enfance en danger 119

Allo Parents Bébé 0800 00 3456

Numéro vert du Planning Familial 0800 08 11 11

Protection des mineurs sur Internet et lutte contre le cyber-harcèlement 0800 200 000

En cas de besoin, même si vous estimez que ce n’est pas urgent, n’hésitez pas à contacter les professionel.le.s de santé qui vous accompagnent habituellement.


IVG médicamenteuse : à qui s’adresser ?

À noter : l’avortement par médicaments peut se pratiquer à la maison, après consultation d’un.e soignant.e, jusqu’à la fin de la 5e semaine de grossesse, c’est-à-dire au maximum 7 semaines après le début des dernières règles. Si la personne est hospitalisée, la date limite est à 7 semaines de grossesse (9 semaines d’aménorrhée). En ce moment, afin de limiter les hospitalisations sans restreindre l’accès à l’avortement, le délai pour une IVG médicamenteuse hors établissement de santé est étendu à 7 semaines de grossesse également (9 semaines d’aménorrhée).

On peut consulter un.e soignant.e “en ville”, hors d’un établissement de santé et bénéficier d’une IVG médicamenteuse jusqu’à la 5e semaine de grossesse (7 semaines d’aménorrhée).

  • Les médecins généralistes, les sages-femmes et les gynécologues en libéral sont en mesure de proposer une IVG par voie médicamenteuse lorsqu’ils ont passé une convention.

  • Vous pouvez également vous rendre dans un centre de santé (à Paris ils sont nombreux et peuvent être gérés par la mairie ou une association ou encore une mutuelle par exemple), qui sont par ailleurs les seules structures de ville à proposer également des IVG par aspiration sous anesthésie locale.

  • Enfin vous pourrez vous rendre dans un centre de planification et d’éducation familiale (CPEF). Ici, il y a une distinction importante à faire ! Les Centres de Planification ont été créés après la dépénalisation de la contraception en 1967, après la légalisation de l’avortement en 1975,  ils ont également commencé à fournir ce genre de service. Ce sont des structures médico-sociales, départementales. Les CPEF peuvent êtes gérés directement par le département ou par une association comme le Mouvement Français du Planning Familial. Le MFPF (parfois on dit simplement le Planning Familial) est une association qui, en plus de fournir un accès à l’IVG et à la contraception pour toustes, lutte pour la préservation et l’évolution des droits reproductifs en France. C’est, à la base, un mouvement créé en 1956 pour faire changer la loi de 1920 qui pénalisait la contraception et l’avortement.

On peut également se rendre dans un établissement de santé (à l’hôpital). Ces établissements sont en mesure de vous proposer des IVG médicamenteuses jusqu’à la 7e semaine de grossesse (9 semaines d’aménorrhée).

  • Soit au sein d’un service de gynécologie obstétrique

  • Soit au sein d’un centre d’orthogénie ou centre d’IVG (CIVG), unité dédiée. Ils ont parfois aussi la casquette de centre de planification familiale hospitaliers, ce qui leur permet également d’assurer un accès à la contraception de manière anonyme et gratuite.

Le site qui recense les endroits où bénéficier d’une IVG, que ce soit en libéral, en centre ou à l’hôpital : ivglesadresses.org !


Comment avorter chez moi ?

Alors, tu as décidé d’avorter. Tu as prévu un rendez-vous avec un·e médecin·e généraliste, un·e gynécologue ou un.e sage-femme, et tu ne sais pas ce qui t’attend. Je vais essayer de te guider dans le processus.

En France, dès le premier rendez-vous, lae soignant·e que tu as décidé de consulter est tenu·e, si tu le souhaites (et à condition qu’iel ne fasse pas usage de cette foutue clause de conscience), de te donner immédiatement une pilule qui s’appelle le mifépristone (Mifégyne). Ceci exclut les personnes mineures, qui sont tenues à 48h de réflexion. Le mifépristone est une molécule stéroïde, qui agit comme une anti progestérone et va arrêter la grossesse. La dose recommandée par la Haute Autorité de Santé est de 600 mg, soit trois comprimés de 200 mg. Normalement tu le prends dans le centre, mais tu peux aussi le prendre chez toi.

36 à 48h après la première prise, chez toi (ou chez un·e proche), tu vas prendre une deuxième molécule, le misoprostol (Gymiso). C’est une molécule qui agit comme la prostaglandine et qui va donc provoquer les contractions qui vont expulser le fœtus. La dose recommandée en France est de 400 mg, soit deux comprimés. Tu les laisses fondre trente minutes dans ta bouche, et ensuite tu avales ce qui reste.

Les contractions vont commencer entre trente minutes et trois heures après l’ingestion de misoprostol (si ce n’est pas le cas, contacte taon soignant·e). Elles vont être plus douloureuses et plus intenses que celles auxquelles tu es habitué·e pendant les règles, car il y a quelque chose en plus à expulser dans ton utérus. Prévois ta journée pour t’y consacrer, et si tu en ressens le besoin, n’hésite pas à demander à un·e proche d’être avec toi pendant le processus (même pendant le confinement, c’est un motif impérieux).

Pour éviter une infection, n’utilise pas une cup ou un tampon mais des serviettes avec une grosse absorption. En plus, ça te permet si tu veux de checker si le fœtus est parti, car tu peux le voir à l’œil nu : à la sixième semaine d’absence de règles, il fait la taille d’un petit grain de riz, à la huitième semaine, celle d’un haricot. Entre la dixième et la douzième semaine, il fait entre trois et huit centimètres.

Qu’est-ce que je fais pour que ça se passe le mieux possible ?

Le misoprostol peut avoir des effets secondaires peu agréables comme la nausée, des vomissements, la tête qui tourne, la diarrhée, un mal de tête, et même une fièvre ou des sueurs froides. Tu peux prendre un Ibuprofen ou des médicaments contre la nausée, qui n'interagissent pas mal avec le misoprostol. Hydrate-toi, et mange si tu en as envie.

N’hésite pas à prendre toutes les précautions dont tu as besoin pour te détendre et te faire du bien quand tu as tes règles : te mettre au lit, utiliser une bouillotte, regarder une série. Ton corps est en train de faire quelque chose qui requiert beaucoup d’énergie, donc ne te sens pas obligé·e d’être productive aujourd’hui.

Cette méthode et cette quantité de misoprostol et de mifépristone sont efficaces dans 95 % des cas. Toutefois, et dans des cas très rares, quelque chose peut mal se passer. D’après l’International Women’s Health Coalition, contacte taon soignant·e si  tu fais l’expérience de : 

  • saignements très abondants (remplissage de plus de deux serviettes hygiéniques larges et épaisses chaque heure pendant plus de deux heures consécutives) ou, au contraire, des saignements très faibles ;

  • saignements continus pendant plusieurs jours provoquant des vertiges ou des étourdissements ;

  • saignements qui s’arrêtent, mais suivis deux semaines après ou plus tard de saignements extrêmement abondants, ce qui pourrait nécessiter une aspiration manuelle ou un curetage ;

  • frissons et d’une fièvre durant plus de 24 heures après la dernière dose de misoprostol, ce qui suggère qu’une infection peut être présente, ce qui nécessite, dans ce cas, un traitement avec des antibiotiques ;

  • une douleur abdominale sévère qui dure plus de 24 heures après la dernière dose de misoprostol.

Illustration @f.a.n.g.s.o.u.t

Et après ? 

Ne mets rien dans ton vagin pendant cinq jours (tampon/cup, pénis, doigt, jouet), et évite les activités physiques trop intenses. Il est normal de saigner comme si tu avais tes règles pendant quelques jours après la prise de misoprostol.

En France, tu es supposé·e faire une visite de contrôle entre 14 et 21 jours après la prise de misoprostol. Si tu ne la fais pas, tu peux aussi faire un test de grossesse quatre semaines après la prise, pour t’assurer que tu n’es plus enceint·e. Dans les 5 % de cas où le misoprostol n’a pas fait correctement effet, la grossesse a continué normalement (1 % des cas) ou tout le fœtus n’a pas été expulsé (4 % des cas), et il faut faire un curetage (avortement chirurgical). 

Tu peux retomber enceint·e directement après un avortement, donc n’oublie pas d’utiliser des préservatifs ou toute autre forme de contraception qui te convient. Et surtout, n’oublie pas que personne n’a le droit de te faire culpabiliser pour avoir recouru à un avortement, pour quelque raison que ce soit.


Atelier d’auto-observation en ligne

Nous vous proposons un atelier d’auto-observation en ligne le mercredi 25 novembre de 18h30 à 21h. Retrouvez toutes les infos sur notre site.

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Podcasts

L'actrice Delphine Seyrig participe à une manifestation de femmes à Paris à l'appel du MLF en novembre 1971 © Aimé Dartus/INA

🎧 Nos corps qui jasent : le premier podcast du collectif Les Jaseuses a été réalisé pendant le confinement au printemps dernier et il permet d’évoquer le rapport à son corps. Les Jaseuses est un groupe de jeunes chercheur.se.s dont les travaux se font à partir de corpus féminins et queer. Suivez leur activité ici !

🎧 Delphine Seyrig : vie, vidéo et combat : Dans ce documentaire sur la fabuleuse actrice et militante (bien qu’elle réfute le terme), Lila Boses et Lou Quevauvillers reviennent sur sa vie et son œuvre. Quel rapport entre l’actrice de Peau d’âne et la gynécologie ? C’est dans l’appartement de Delphine Seyrig que se déroule en toute clandestinité une des premières démonstrations de l’avortement par aspiration en France.

🎧 Au-delà du clitoris : Pour LSD, la série documentaire Nedjma Bouakra revient sur France Culture sur l’histoire et la place du clitoris. Elle offre un panorama complet sur le sujet.

🎧 Les enfants vont bien : Dans ce podcast, Constance va à la rencontre de familles homoparentales pour évoquer le parcours de chacun et chacune pour faire famille. L’occasion de découvrir ou d’approfondir ses connaissances sur les possibilités de conception quand on n’est pas dans un couple cis-hétéro et d’entendre des récits de vie qui nous ressemblent, ou pas !

L’accès à la PMA des femmes noires en France 🤦🏿‍♀️

Pénurie, dissuasion et négrophobie

Le projet de loi bioéthique a été adopté cet été par le Parlement français. Il ouvre l’Assistance Médicale à la Procréation aux couples de femmes et aux femmes dyacis* célibataires. La gestation pour autrui demeure illégale en vertu du principe de droit français de non marchandisation du corps. La loi n’est pas encore promulguée mais cette avancée (partielle) législative est le fait d’une mobilisation sans relâche de militantes féministes lesbiennes, qui ont toujours dénoncé la relégation des femmes dyacis qui n’étaient pas associées à un homme, ainsi que la constante mythification de la figure du père hétérosexuel.

Tous ces débats sur la PMA nous poussent, féministes en quête de la fin de l’asservissement du corps des femmes dyacis à des fins capitalo-patriarcales, à penser la justice reproductive dans un contexte français, au-delà du cadre cishétéropatriarcal. Dans la société française post-coloniale, il est particulièrement impossible d’occulter les enjeux de race de cette question qui tisse des familles et des communautés entières. Des siècles de représentations négrophobes et de violence symbolique s’abattent sur les familles et les enfants noir.e.s.

Pour la Newsletter de ma chatte, deux militantes qui informent, sensibilisent et luttent pour l’empowerement des femmes afrodescendantes sur leur santé reproductive et sexuelle nous ont présenté leur travail, qui fait sororité. Elles produisent des ressources qui déstigmatisent les femmes noires infertiles, en aidant les familles afrodescendantes à se penser et s'inscrire dans un parcours d'accès à la PMA.

Cette newsletter a été produite et rédigée par Johanna Soraya et Ketsia Mutombo
(à suivre sur Twitter et Instagram) avec le soutien des Flux.

*dyacis : contraction de “dyadique” et de “cisgenre”/”cissexuel”. Une personne dyadique a un appareil génital conforme aux normes médicales sur le “sexe masculin” et le “sexe féminin”. Une personne cisgenre conçoit son genre dans le dyptique femme/homme et n’a aucune difficulté (administrative, religieuse, financière...) à être reconnue comme telle par la société.


Entretien avec Patricia N’Depo pour Afrique Avenir

Nous sommes heureuses de vous présenter un entretien réalisé avec Patricia N'Depo pour l'association Afrique Avenir, qui effectue un travail de terrain riche et important sur la santé communautaire. Elle œuvre depuis vingt-cinq ans à l'information, la sensibilisation et la prévention, notamment autour de la santé sexuelle et reproductive, des communautés afro-caribéennes en France : dépistage VIH/sida, prévention du cancer du sein et du col de l’utérus, plaidoyer pour faciliter l’accès à la PMA, actions en faveur de la santé des personnes LGBTQI+...

Vous pouvez faire un don à Afrique Avenir ici.

Plus d'infos sur les horaires et lieux de permanences sur leur site et dans cette vidéo :

Merci de nous accorder cette interview. Pour commencer, comment se déroule le parcours d'une procréation médicalement assistée (PMA), et plus particulièrement le parcours de fécondation in vitro (FIV) avec don d'ovocytes, pour une femme dyacis noire en France ?

L’association Afrique Avenir s'est emparée de ce sujet car elle a été interpelée par les usagers et usagères qu'elle rencontre, qui ont des souhaits de parentalité mais se heurtent à la législation ou à des médecins maltraitants.

Il est nécessaire de dire qu'aujourd'hui, en septembre 2020, l'accès même à la PMA va dépendre de nombreux critères : le statut marital, l'identité de genre, le statut administratif, l'orientation sexuelle. C'est-à-dire que les femmes célibataires, les couples de femmes, les personnes bénéficiant de l'AME (aide médicale de l'État) et les personnes sans papiers ne peuvent pas accéder à une PMA. Ces situations sont importantes à retenir ! Il est vrai que la loi ouvrant la PMA aux femmes célibataires et aux couples de femmes a été adoptée le 30 juillet 2020, mais le décret qui permet son application n'est pas encore sorti. Donc, de fait, la loi n’est pas encore effective. Par ailleurs, entre l’adoption du texte législatif et et son application, il peut y avoir de gros décalages, avec notamment des entraves sur le terrain pour décourager les personnes et retarder les prises en soin, avec par exemple des médecins qui invoquent la clause de conscience pour refuser l'accès à la PMA à certaines personnes.

Au final, on observe que la politique nataliste telle qu’elle est promue aujourd’hui en France est le reflet de la société dans laquelle on vit, les familles que l'État s'engage à aider sont hétérosexuelles, cisgenres et avec des papiers.

En ce qui concerne les femmes noires, on est plutôt face à une discrimination “de fait” : en théorie, elles peuvent légalement accéder à la PMA mais, en réalité, il leur reste beaucoup d'obstacles à franchir. Pour comprendre cet état de fait, il est utile de rappeler les étapes qui jalonnent un parcours de procréation médicalement assistée.

Pour les femmes qui peuvent recourir à la PMA en France, les premières difficultés commencent avec la batterie d'examens qu'il faut mener du côté de la femme et de l'homme après qu’ils ont réussi à convaincre le ou la gynéco de les réaliser ; car avant 35 ans, de nombreux médecins ne considèrent pas les inquiétudes des patient.e.s quant à leur infertilité (et ces dernier.ère.s perdent parfois plusieurs années à essayer et à attendre d'être pris.es au sérieux).

Après avoir réalisé tous ces tests visant à évaluer l’état de l’utérus, du fonctionnement des ovaires, du sperme, des ovocytes et de la glaire cervicale, les patient.e.s sont orienté.e.s vers un CECOS (Centres d'Étude et de Conservation des Œufs et du Sperme humains) pour recourir à une procréation médicalement assistée. Des consultations de génétique et psychologique sont alors proposées. Si le couple a besoin de recourir à un don d'ovocyte, la filiation avec don de gamètes nécessite également de monter un dossier auprès d'un.e notaire. Ces étapes sont de véritables épreuves, d’un point de vue personnel mais aussi pratique ! Par exemple, de nombreux.ses notaires ne savent pas que cette compétence leur a été transférée et certain.e.s pratiquent des prix exorbitants malgré une loi qui encadre leurs tarifs. Tout ce processus est coûteux en temps et en énergie et peut prendre plusieurs années.

Une fois complet, le dossier est déposé sur liste d'attente, et c'est généralement à ce moment que les familles noires ou asiatiques apprennent qu'il y a une pénurie de gamètes (et tout particulièrement d'ovocytes) pour les personnes noires et asiatiques beaucoup plus prononcée que pour d'autres personnes. On attend en général deux ans pour recevoir des ovocytes d'une personne dite caucasienne, contre sept ans en moyenne pour une personne noire. Dans les zones les plus rurales, les responsables des CECOS sont directs et disent simplement : “On n'a jamais vu une femme noire passer la porte de l’établissement et nous n'avons pas de solution à proposer aux couples demandeurs.”

La situation est alors très complexe pour ces couples, car ils ont deux options : abandonner le projet de PMA ou recevoir un ovocyte d'une personne caucasienne. Encore faut-il que les médecins l'acceptent ! En effet, aujourd'hui encore, le principe d'appariement (une norme médicale qui consiste à choisir les donneur.se.s de spermatozoïdes ou d’ovocytes en fonction de la personne qui va les recevoir, afin qu’il ou elle ait le même phénotype - couleur de cheveux, taille, carnation de la peau…) est laissé à la discrétion de l'équipe médicale qui encadre le don (plus d’infos dans cet article). C'est à elle d'accepter de prendre en soin les couples et de suivre des critères, qui reposent principalement sur la ressemblance entre la personne donneuse et receveuse et parmi ceux-ci... la couleur de la peau. Il arrive que des couples noirs soient d'accord pour  recevoir l'ovocyte d'une femme blanche mais que les médecins leur refusent l'accès au don d'une personne caucasienne.

Afrique Avenir soutient un amendement proposé pour que la décision soit partagée entre les couples et les médecins.

Quelle pistes et solutions envisagez-vous ?

Cette pénurie est catastrophique, et pourtant peu visible. D’une part il y a un gros tabou sur le don de gamètes pour la procréation en France, dans les communautés afro-caribéennées notamment. Les personnes concernées en parlent peu, ce que nous réalisons aussi au sein d’Afrique Avenir, où l’on ne nous a jamais interpellé.e.s directement sur cette question. Mais d’autre part, il y a également un véritable problème de communication de la part des acteurs de la santé publique ! Lorsqu'on regarde les supports d’information et de sensibilisation des CECOS pour encourager le don, par exemple, on s'aperçoit que les couples noirs ne sont pas représentés. De plus, et malgré la pénurie grave, il n'y a pas de campagnes ciblées sur la communauté noire, c'est alarmant. La seule réponse du corps médical pour expliquer le peu de gamètes disponibles est culturaliste (“Ce n'est pas dans leur culture”). Mais la culture a bon dos, quand on n’a fait aucun effort d’information adaptée.

La situation est aggravée par les stéréotypes qui persistent sur la santé sexuelle des femmes noires, qui les présentent toutes comme “faisant énormément d'enfants”. Ces clichés sont répandus dans le personnel médical et peuvent aussi être intériorisés par les communautés africaines. Certaines femmes nous ont rapporté des propos racistes de la part des CECOS du type “les femmes noires font déjà assez d'enfants, on ne va pas en plus vous inclure dans le parcours PMA.” Or il y a des femmes noires qui n'arrivent pas à avoir d'enfants, notamment à cause de fibromes utérins qui sont sous-diagnostiqués par le corps médical et peuvent freiner le traitement et l’accès au parcours de PMA.

Nous pensons qu'il faut former le personnel soignant à accueillir et accompagner les personnes racisées, créer des messages de prévention et des supports qui reflètent la société dans sa globalité, qui incluent les femmes noires infertiles seules, en couple hétérosexuel ou en couple lesbien.

Les associations qui œuvrent dans le domaine de la santé communautaire comme la nôtre doivent avoir des moyens pour réaliser des campagnes nationales ciblées pour certaines communautés comme ça a été fait pour le VIH/sida. Par ailleurs nous avons besoin de mieux documenter et caractériser les profils et les parcours des personnes pour répondre aux questions de santé publique, ce qui est rendu complexe par l’interdiction des statistiques dites “ethniques”. Afrique Avenir a à cœur de travailler avec les personnes sur le terrain et à partir de leurs expériences individuelles pour construire un plaidoyer collectif et des supports de communication adaptés et cohérents. Impliquer différents acteurs : des mouvements et organisations afro-féministes, des influenceurs et des influenceuses noires, des journalistes. Notre message doit toucher un maximum de personnes. 


Entretien avec Sandrine Ngatchou d’OvocyteMoi

Je suis Sandrine Ngatchou, Noire et infertile. J'ai créé la chaîne Youtube et la page Facebook OvocyteMoi parce que je cherchais désespérément une femme infertile noire qui ait parlé de la souffrance que vivent les femmes noires à travers leur désir d'enfant. Mon infertilité est liée à trois causes : une insuffisance ovarienne, un utérus avec de multiples fibromes, et deux trompes bouchées à cause de la tuberculose génitale. 

J'ai eu recours à la FIV avec don d'ovocytes, dans le cadre de laquelle j'avais besoin qu'une femme me donne ses ovocytes afin qu’ils soient fécondés avec le spermatozoïde de mon conjoint. En France, il y a très peu de don d'ovocytes de la part de femmes noires. Quand une femme noire se trouve dans ma situation, elle doit attendre en moyenne huit ans pour recevoir un don. Face à cette pénurie, j'ai pris mon bâton de pèlerin et j'ai fait les distributions des brochures du don d'ovocytes dans différentes villes de France (Paris, Marseille, Saint-Étienne, Strasbourg...). Les vidéos de ces distributions se trouvent sur ma chaîne YouTube. J'ai fait des tentatives de FIV à l'étranger, au Portugal et en Ukraine : quatre tentatives pour un total de 15 000 €.

Dans ce parcours de PMA avec don d'ovocytes, je me suis posé la question des conditions du don, de la situation des donneuses et de leur exploitation par un marché de la fertilité vorace. Et j’ai voulu faire de cette PMA un acte militant. Je me suis confrontée à des limitations juridiques : par exemple, une FIV avec don d'ovocytes doit être anonyme pour pouvoir disposer du remboursement par la sécurité sociale, bien que la fécondation soit faite dans un pays où il y a l'anonymat et le non anonymat pour les donneuses. Cette réflexion s'est poursuivie au travers de mes lectures sur la justice reproductive*. 

Dans ma démarche, je voulais que la donneuse fasse partie de la vie de cet enfant, qu'il existe un échange entre la donneuse et moi, sur nos rôles à l'égard de cet enfant et sur la façon dont nous voulions construire notre relation. Je déteste le terme “l'anonymat du don”. Ne pas connaître la génitrice de mon enfant sonnait comme une injustice pour moi. Est-ce que ces droits ont été respectés ? Que vais-je raconter à cet enfant sur son existence ? Pour moi, l'histoire du don de la donneuse fait aussi partie de son histoire.  Par rapport à cette envie d'intégrer la donneuse, je me suis retrouvée face à un autre concept qui faisait sens pour moi, le "othermothering", autrement dit la “communauté” de maternité*. Patricia Collins explique que le "othermothering" "consiste en une série de relations constamment renégociées que les femmes afro-américaines entretiennent entre elles, avec les enfants, avec la communauté afro-américaine plus large, et avec soi-même" (Patricia Hill Collins, Black Feminist Thought, 1990.

Je me suis posé cette question : “Est-ce juste pour moi d'avoir un enfant dans ces conditions ?”. Les mamans solo rencontrent beaucoup de difficultés sociales, tout comme les femmes en couple hétérosexuel, la charge mentale et les besoins émotionnels des enfants étant portés par les femmes. Avec les engagements financiers que j'ai au Cameroun (mes parents et mes frères et sœurs y sont encore), puis-je disposer de toutes les ressources pour cet enfant en étant son seul parent, ou même en étant en couple, quand on connaît l'inutilité des hommes quand il s'agit d'investir les besoins émotionnels de leurs semblables en matière d'humanité ? Mais aussi, dans quelles conditions la donneuse a-t-elle fait son don ? Ses droits ont-ils été respectés ?  

Ce parcours a été intéressant, vivifiant, parce que j'ai abordé mes souffrances sous un angle féministe, parce que je me suis posé de nombreuses questions, notamment celle de mon désir de maternité. Après une thérapie, j'ai finalement compris que je n'avais pas de désir d'enfant. Ce cheminement m'a permis de croiser les livres et articles de beaux auteurs et de belles autrices et a changé mon regard sur la parentalité.  

J'ai toujours eu envie de faire une vidéo avec les femmes noires qui ont fait un don d'ovocytes afin de nous ouvrir le champ des perspectives, et favoriser l'ouverture de la parole sur le sujet de la fertilité au sein de la communauté noire. Je suis contente car j'ai pu le réaliser cette année : quatre donneuses se sont prêtées au jeu des questions-réponses. Dire qu'il y a deux ans, pour trouver une donneuse noire qui témoignerait sur France24, c'était la croix et la bannière ! Il manque encore une vidéo sur les femmes infertiles.

Je vous laisse écouter la dernière vidéo des donneuses d'ovocytes sur la page Facebook et la chaîne YouTube OvocyteMoi pour poursuivre la réflexion.    

*Retrouvez les références et des ressources pour aller plus loin sur notre site.


Notre vidéo sur le don d’ovocytes avec Sarah


En conclusion

La famille nucléaire hétérosexuelle est une institution du capitalisme. Elle est un lieu où l’on internalise la subordination, comportement au service d’une société tournée vers la création effrénée de richesses car les rapports sociaux y sont hiérarchisés : entre patrons et salarié.e.s, forces de l’ordre et population, soignant.e.s et patient.e.s, entre autres. Cette forme familiale donne l’illusion que le soin communautaire* n’est pas important, mais surtout que l’on doit peu de choses aux personnes hors de la sphère familiale. Or cette famille nucléaire est une fiction capitaliste, car dans les faits les enfants sont à la charge des femmes de leur entourage, et au quotidien, les familles ne sont pas nécessairement organisées autour du duo que formeraient le père et la mère. Dans le témoignage de Sandrine Ngatchou, qui dénonce l’impossibilité d’inclure la personne donneuse d’ovocytes dans la vie de l’enfant à naître, on voit qu’il y a des lois de l’État qui empêchent ces formes de familles non nucléaires d’exister.

Pour ce qui est des familles noires, les représentations racistes autour de leur fécondité, dépeinte comme parasitaire, les dissuadent de recourir à ce dispositif de santé publique. Cela est à lier aux problématiques discutées dans notre précédente newsletter sur la misogynoir de la gynécologie. Le parcours de soin gynécologique de base accuse d’une générale mauvaise prise en charge des femmes noires : syndrome méditerranéen, manque de connaissances de la recherche médicale en matière de fibrome utérin, exotisme, pratique accrue de césariennes, etc. Quand tous ces obstacles sur le parcours de soins s’accumulent, il est évident que notre accès à la technologie du don de gamètes sera plus long et plein d’errances.

C’est ainsi que pour nous, la justice reproductive est une praxis* féministe qui consiste, via une lecture classe/genre/race, à une remise en question des dynamiques sociales de pouvoir. Et par une lecture intersectionnelle des oppressions et violences, à soutenir les luttes des populations et groupes ayant une forme de parentalité exclue du projet cishétérosexiste blantriarcal sous-tendu par le capitalisme.

La justice reproductive est aussi la dénonciation - encore via le prisme classe/genre/race - des idéaux natalistes qui dissuadent les femmes dyacis dont la grossesse est valorisée de bénéficier d’IVG.

*soin ou santé communautaire : création d’espaces, de moments et de dynamiques locales, internationalistes ou numériques où l’on échange des bonnes pratiques liées à la santé, où l’on apprend des gestes et soins basiques, où l’on a un accès gratuit à des outils de réduction des risques en matières sexuelles, de consommation de stupéfiants par exemple.

*praxis : actions diverses menées afin de transformer des rapports sociaux.


Deux campagnes Ulule à soutenir

Ce mois-ci, on tient à vous partager deux campagnes de financement de projets féministes. Avec le premier, nous partageons l’audace d’avoir “chatte” dans le titre ! Vénus s’épilait-elle la chatte ? est un podcast qui souhaite déconstruire l’histoire de l’art occidentale avec un point de vue féministe. Julie Beauzac et Anne-Lise Bouyer vous proposent d’acheter l’Agenda Malpoli pour soutenir le podcast financer sa saison 2. 

Vous connaissez déjà le Jeu Foune et Flore dont on vous parlait en mai. L’association Agnodice vous propose désormais d’acheter le jeu pour continuer à vulgariser le microbiote vaginale et financer ses activités de sensibilisation : offrir des jeux dans les collèges et lycées et lancer les ateliers d’auto-observation “Matte ton microbiote”. Au cours de ces ateliers, Jeanne et Léa vous proposeront de récolter un peu de votre microbiote, puis de l’observer au microscope !

L’agenda comme le jeu seront envoyé en décembre, ce qui en font également de bons cadeaux pour les fêtes de fin d’année !

Hot news de l'été

Une courte newsletter avec une recommandation sur insta, des appels à témoignages, un nouveau groupe de self-help en Normandie et l'ouverture des inscriptions pour un atelier numérique le 19 aout !

Frances Cannon

Artiste queer et multi casquette, Frances Cannon est originaire de Melbourne. 

Sur Instagram, elle partage son travail, principalement des dessins à l’encre, gouache et aquarelle, mais aussi des photos d’elle. Parsemée de tatouage, dont ses propres dessins, facilement reconnaissables, elle dévoile son corps. Et son corps, c’est son sujet principal. Elle propose des réflexions sur l’amour de soi, l’amour de son corps, mais aussi le dégoût qu’il peut inspirer. Frances Cannon dévoile aussi son regard cru sur les relations, le sexe, la sexualité, le genre et les fonctions corporelles. 

Ses dessins sont parfois accompagnés de phrases positives : 

“You are made of stars … litterally” (tu es fait d’étoiles, littéralement)

“I am capable, powerful, and worthy of love” (je suis capable, puissante et digne d’amour)

“You. Yes you. You are enough. Just as you are. Complete. Whole. Incredibly enough.” (toi. Oui toi. tu est suffisant. Juste comme tu es. Complet. Entier. Incroyablement suffisant)

Très ancrée à ses expériences personnelles, elle propose une façon de regarder les corps, et de se concentrer sur les sentiments et ressentis qu’ils procurent. Ses dessins et photos body-positive sont inspirants. Elle montre son corps dans ce qu’il a de plus vrai, sans recherche d’angles photogéniques. Elle ne montre pas non plus son meilleur profil. Entière et poétique, elle évoque aussi l’anxiété, la dépression et les sentiments désagréables. Frances Cannon offre une libre interprétation de l’expression des émotions, avec un trait de crayon plus précis qu’il n’y paraît.


Appels à entretien

L’autogynécologie devient un sujet de recherche ! Nous avons reçu la demande de deux étudiantes qui souhaitent recueillir des témoignages, nous les partagerons ici.

Emma réalise son mémoire de sage-femme

Je suis Emma, étudiante sage-femme à Lille. Je réalise mon mémoire de fin d’étude sur le thème de l’auto-gynécologie et du self-help.

Je cherche à donner la parole aux personnes qu’elles soient cis genres, transgenres, intersexes ou non-binaires qui pratiquent ou adhèrent à des groupes de self-help, d’auto-gynécologie. Il peut s’agir d’une pratique régulière ou non.  

Mon but est de comprendre vos choix et votre positionnement en matière de suivi gynécologique par rapport à la communauté médicale. L’objectif serait alors de trouver des pistes pour une gynécologie plus inclusive et de redonner la voix aux concerné.e.s

Ces échanges seront confidentiels et anonymisés. Ils peuvent se faire par téléphone, en visioconférence ou en face à face selon les possibilités et la préférence du participant.e. L’entretien dure en moyenne 1 heure.

Je vous remercie de votre aide. 

Emma Thouvenot emma.thouvenot@lacatholille.fr
Pour en savoir plus

Clémentine aussi !

Je suis Clémentine MORENO, étudiante sage-femme en 4ème année à l’école de Toulouse.

Je réalise mon mémoire de fin d’étude sous la direction de Lou POLL. Il portera sur le rapport à l’autogynécologie, ainsi que sur le vécu des consultations de suivi gynécologique des femmes cis-genres.

Afin de rassembler leurs témoignages, vécus, idées, souhaits je réalise ma recherche sous forme d’entretiens individuels. L’entretien est estimé à 30mn et pourra être organisé sur le lieu de votre choix sur Toulouse ou bien par téléphone, skype ou échange de mails selon votre préférence.

La participation à cette étude est volontaire et anonyme.

Si vous acceptez de participer à cette étude ou souhaitez en savoir plus merci de me contacter par mail : clementine.modegain@gmail.com.

En vous remerciant de m’avoir lu, et je l’espère à bientôt !


Des ateliers en Normandie

Je m’appelle Amélie, je suis membre des Flux et facilitatrice des ateliers d’auto-observation, et … j’ai déménagé dans le Calvados !

J’ai très envie de continuer à partager le self-help, c’est pourquoi, je vous propose des ateliers d’auto-observation en Basse-Normandie ! 

Sur le modèle des ateliers que vous connaissez déjà avec Les Flux, mais avec les moyens du bord, je vous invite à un atelier composé d’un temps de discussion, un temps de précision anatomique et un temps d’observation de votre vulve et de votre vagin. 

J’ai envie de poursuivre les discussions sur des thématiques autour de la gynécologie : contraception et protection, menstruation et syndrome pré-menstruel, santé physique et mentale, rapport à son corps, sexualités et plaisirs, self-care… 

Je vais également, toujours bénévolement, organiser des groupes de paroles et de nouveaux ateliers, dont un pour les personnes ayant avorté, pour nous offrir un espace où parler, détendre notre corps avec du yoga et prendre soin de soi. 

C’est un projet qui me tient à coeur et qui peut devenir incroyable avec des personnes motivées pour créer un collectif inclusif et intergénérationnel de Self-Help. 

Alors, si vous voulez me rejoindre il y a la page insta, vous pouvez aussi me contacter sur facebook : @self-help normandie ou par mail : selfhelp.normandie@gmail.com

Et si vous avec des idées de lieu cosy, à Caen notamment, faites vous connaître !


Atelier numérique le 19 aout

Lors de cet atelier de 2h30, nous vous proposons un temps d’échange puis un temps d’auto-observation dans lequel nous vous guidons dans l’exploration externe de votre sexe. Vous pourrez vous observer chez vous, à côté de la webcam ou avec la webcam éteinte.

Si vous souhaitez participer, il faut vous assurer de plusieurs points :

  • Vous avez un ordinateur ou une tablette avec une webcam et un micro (il est souvent intégré). C’est encore mieux si vous avez un casque ou des écouteurs.

  • Vous avez une connexion internet suffisamment bonne (par exemple vous pouvez regarder une vidéo YouTube de manière fluide).

  • Vous pouvez trouver un endroit calme et isolé dans lequel vous êtes à l’aise pour regarder votre sexe.

Pour vous observer vous devez avoir à portée de main :

  • Miroir à poser (par exemple comme ça ou ça) ou sur pied devant lequel vous pourrez vous asseoir

  • Lampe de poche ou lumière naturelle

  • Lubrifiant (vous pouvez utiliser de l’huile végétale ou de l’aloe vera)

Le nombre de participant·e·s est limité à 6 personnes, et un minimum de 4 inscrit·e·s est nécessaire pour que l’atelier se déroule.

Je m'inscris

Être ou ne pas être parent

Nous vous avions promis des ateliers en ligne en juin, mais des fractures de poignets et des connexions insuffisantes ont eu raison de notre bonne volonté. Nous serons de retour en juillet, promis !

Ce mois-ci, nous avons organisé des rencontres en live sur notre compte Instagram, que vous pouvez revoir en IGTV. Nous avons parlé de comment utiliser la symptothermie comme outil d’empowerment avec Émilie, et de ce que les autres pays ont à nous apprendre sur l’endométriose avec Marie-Rose Galès. Mardi 30 juin à 18h30, je reçois Lucie Ronfaut pour parler Menstrutech.

Autre bonne nouvelle : les pin’s, tatouages éphémères et illustrations de la Boutique de ma chatte sont à nouveau dispo à la vente ! Toutes les infos ici.

On vous laisse avec la newsletter de ce mois-ci, dans laquelle on parle désir ou non-désir de maternité avec Tsippora du podcast Tant que je serai noire.


Tant que je serai noire

Un podcast qui interroge le désir ou le non-désir de maternité

Bliss, La Matrescence, Le Nid… Les podcasts sur la maternité, la grossesse et l’accouchement sont de plus en plus nombreux. Quelque fois, mais rarement, ils donnent aussi l’occasion à des femmes de parler du fait qu’elles n’ont pas envie d’avoir d’enfant, d’être mères. Malgré tout, il arrive peu souvent qu’un véritable dialogue s’instaure et que le désir et le non-désir de maternité soient examinés au même titre et dans un même espace. Plus rares encore sont les podcasts qui donnent la parole exclusivement aux femmes noires. C’est ce que propose Tant que je serai noire. J’ai eu envie de poser des questions à son autrice pour mieux comprendre son projet et vous donner envie d’aller écouter tous les épisodes !

© Hina Hundt

Qui es-tu ?

Je m’appelle Tsippora et je ne souhaite pas avoir d’enfant. J’ai lancé le podcast Tant que je serai noire pour avoir l’opportunité de discuter avec des femmes dans la même situation que moi, mais aussi avec des femmes qui sont mères ou souhaitent le devenir. Le podcast me permet d’avoir une conversation intime avec ces femmes et de donner à entendre leurs voix, au sens propre comme figuré. Il fait aussi écho à la tradition orale propre à nos cultures afro-descendantes. 

Pourquoi tes invitées sont-elles exclusivement des femmes noires ?

C’est une question importante. On reconnaît de plus en plus facilement qu’il peut être pertinent et intéressant d’avoir des espaces en non-mixité de femmes pour partager nos expériences. Je pense que c’est la même chose pour les femmes noires, qui vivent l’intersection du sexisme et du racisme, qu’on appelle aussi la misogynoir. Les femmes noires ont des histoires propres à raconter, et le rapport à la maternité est différent de celui des autres femmes.

La santé maternelle des femmes noires est une problématique très peu abordée en France. À part le mémoire de Priscille Sauvegrain, il existe malheureusement peu d’études, mais sachez qu’une femme noire à plus de “chances” de subir une césarienne qu’une femme blanche, et que les douleurs d’une femme noire vont être tout de suite assimilées au syndrome méditerranéen (la croyance raciste que les personnes racisées ont une expression de la douleur différente, qu’elles “exagèrent”, et qui conduit les soignant.e.s à négliger, voire maltraiter leurs patient.e.s).

Élever un enfant noir implique de lui expliquer le racisme auquel il devra faire face à l’école, au travail, dans la rue face aux policiers. 

À ton avis, pourquoi les questions de transmission reviennent si souvent dans les témoignages de tes invitées ?

C’est drôle comme question parce que cela fera l’objet de la conversation avec ma prochaine invitée. Il me semble que pour les personnes ou les couples, comme pour certains de nos parents qui sont arrivés en France, un des moyens de construire une communauté qui nous ressemble a été de faire des enfants et de faire famille. Dans le même temps, pour les générations suivantes comme la nôtre, le poids de devoir transmettre une histoire et une culture peut être compliqué : transmettre la langue maternelle de nos parents à nos enfants alors que nos parents eux-mêmes ne nous l’ont pas transmise par peur que nous ne soyons pas assez intégré.e.s en France est un challenge.

Les références culturelles, musicales ou littéraires, sont nombreuses dans le podcast. Qu’est-ce que ça représente pour toi ?

J'ai toujours eu un intérêt pour le rôle et la place des arts visuels et des expressions artistiques et culturelles dans le champ du politique. Faire famille peut être un sujet politique, demander plus de visibilité et de représentativité est un acte politique. Du coup, je constate que pour nous, Noir.e.s de France longtemps invisibilisé.e.s dans les médias mainstream, les Afro-américain.e.s étaient et restent notre référence au cinéma. La fiction, les artistes nous permettent d’avoir des exemples. Concernant les schémas de maternité, j’en ai beaucoup trouvé au cinéma et dans les séries, notamment dans Being Mary Jane, Nola Darling, How To Get Away With Murder...

Quelles sont les ressources que tu recommandes ?

À lire
Françoise Vergès, Le Ventre des femmes
bell hooks, Ne suis-je pas une femme ?
Diariatou Kebe, Maman noire et invisible
Alana Apfel, Donner Naissance
Patricia Hills Collins, La Pensée féministe noire

À regarder
Little Fires Everywhere (Hulu)

À écouter
Orèma
Les enfants du bruit et de l’odeur

À suivre
Le compte Instagram @mamans_noires

Le dernier épisode de la saison 1 de Tant que je serai noire sortira en juillet et la saison 2 commencera en septembre 2020 et sera enregistrée en studio pour encore mieux honorer les histoires des invitées.


Grossesse imprévue

Grossesse imprévue est un site qui propose de rassembler des ressources à la fois sur l'interruption volontaire de grossesse et sur la poursuite d'une grossesse. Il propose d'explorer trois options : l'IVG, la parentalité et le recours à l'adoption. À l'origine du projet, on retrouve Blandine, mère de deux enfants et qui a été confrontée au validisme dans son parcours de vie, particulièrement lors de ses grossesses. Avec Grossesse imprévue, elle souhaite donner des informations fiables, dénuées de jugement et qui permettront aux personnes qui le souhaitent d'envisager la maternité même si elles sont dans des situations précaires ou de handicap. En rassemblant sur une même plateforme toutes les informations concernant l'issue d'une grossesse, elle espère favoriser le libre choix de toutes les personnes enceintes. 

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