Slip chauffant et lactation induite

On avait prévu de vous envoyer cette newsletter en décembre mais le temps nous a rattrapées. Cela dit, ça ne tombe pas si mal finalement, car nous sommes fières de pouvoir commencer 2021 avec ce numéro. Dans la première partie, on vous parle d’une méthode de contraception qui ne comporte aucun effet secondaire, et qui est pourtant très peu répandue. Ensuite, on partage avec vous notre conversation avec Pauline, qui allaite le bébé qu’elle n’a pas porté (ce n’est pas de la magie mais c’est quand même merveilleux). Et enfin, on vous propose trois nouvelles dates d’ateliers d’auto-observation numériques. On a hâte de vous retrouver !


Le slip chauffant

Quand on évoque la contraception, on pense en général en premier lieu à la pilule, puis éventuellement aux dispositifs intra-utérins (stérilets) ou aux implants, mais plus rarement aux méthodes qui empêchent la production et l’émission de spermatozoïdes. Dans leur ouvrage La charge sexuelle, Clémentine Gallot et Caroline Michel évoquent aussi la charge contraceptive : dans les couples cis-hétéros, ce sont en grande majorité les femmes qui, seules, choisissent et paient la contraception, alors même qu’elle concerne un couple. Ce sont aussi leurs corps qui en subissent les éventuels effets secondaires. Il existe pourtant des méthodes, notamment non médicales, qui permettent à chaque individu de maîtriser sa fertilité. C’est ce que l’association GARCON (Groupe d’Action et de Recherche pour la CONtraception) souhaite promouvoir. Pour stopper la production de spermatozoïdes ou empêcher la fécondation, il existe pas moins de quatre méthodes : le préservatif, la contraception thermique, la contraception hormonale et la vasectomie. La transition hormonale et la pratique du tucking chez les femmes trans peuvent avoir des conséquences similaires aux dispositifs contraceptifs : la diminution, voire l’arrêt de la production de spermatozoïdes, sans que cela soit systématique ni irréversible. Le spermogramme reste la seule solution pour s’en assurer.

La contraception thermique

Aujourd’hui, intéressons-nous plus précisément à la contraception thermique, aussi appelée “slip chauffant” ou “remonte-couilles toulousain”. Ce dispositif, créé artisanalement dans les années 80, consiste à augmenter la température des testicules pour stopper la production de spermatozoïdes. Le port d’un sous-vêtement spécifique (ou d’un anneau, appelé “andro-switch”) permet de faire remonter les testicules dans le canal inguinal, en position haute, laissant le scrotum “vide”. En effet, la spermatogénèse (production de sperme) se fait lorsque la température est à 33°C environ. Une fois remontées dans le corps, la température des testicules augmente à 37°C degrés et la production de sperme est bloquée. S’il n’y a pas beaucoup de données scientifiques concernant l’efficacité de la méthode du “slip chauffant”, une équipe de médecins toulousains met en avant des résultats très encourageants. Les couples qui déclarent l’utiliser indiquent une performance élevée. Cependant, la méthode ne fonctionne qu’à condition de porter le slip de manière rigoureuse et systématique, entre 14 et 16 heures par jour. Afin de vérifier son efficacité, un suivi médical doit être envisagé, et un spermogramme doit être réalisé régulièrement (il permet de compter le nombre de spermatozoïdes et d’observer leur mobilité. Il est possible de le faire soi-même à l’aide d’un microscope). L’efficacité est avérée après trois mois d’utilisation quotidienne, soit le temps de fabrication et de maturation des spermatozoïdes.

Cette méthode contraceptive n’est pas gratuite, mais son coût reste relativement faible. Il faut prévoir l’achat du slip ou les matières premières pour le fabriquer soi-même. Les consultations médicales de suivi et le spermogramme peuvent être pris en charge. 

Si les sous-vêtements ne sont pas encore commercialisés, il existe quelques tutos ainsi que des groupes d’usagers pour coudre son slip ! Vous pouvez vous rapprocher par exemple du collectif Thomas Bouloù, de l’Ardecom ou de GARCON.

Le film Vade Retro Spermato raconte l’histoire des groupes de parole d’hommes qui ont permis l’émergence de la contraception thermique en France dans les années 70. Il fait le point sur l’état actuel d’une contraception masculine qui est maintenue artificiellement à l’état expérimental, des différentes pistes dans ce domaine dégagées à l’époque aux pratiques actuelles qui fonctionnent.


GARCON lance des ateliers d’auto-observation gynécologique ! Si vous êtes à Toulouse, n’hésitez pas à vous inscrire à leur mailing list pour être tenu.e au courant des prochaines dates et à consulter leur page pour en savoir plus sur le projet.


La lactation induite

L’allaitement fait souvent l’objet de conversations vives sur les intérêts ou contraintes qu’il procure mais nos connaissances sur le sujet sont néanmoins parcellaires. Une information toute simple permet pourtant d’ouvrir d’autres imaginaires et perspectives : l’allaitement n’est pas réservé aux femmes ni aux personnes qui viennent d’accoucher !
Pour évoquer pour la première fois sur Les Flux l’allaitement induit, nous vous proposons un entretien avec Pauline, qui vient d’avoir un bébé avec sa compagne, son deuxième enfant. Elle a parlé avec beaucoup de joie de son allaitement sur Instagram (suivez-là !) et a accepté immédiatement de raconter leur histoire pour la newsletter. J’espère que ce témoignage vous enthousiasmera autant que nous, et nous continuerons à explorer ce sujet dans les prochains mois.

  • Comment en êtes-vous arrivées à envisager que tu puisses allaiter ce bébé ? Vous saviez que c'était possible avant ? Aviez-vous rencontré des personnes qui l'avaient fait ? Lu des témoignages ?

Quand ma compagne est tombée enceinte, une amie médecin généraliste m’a parlé de la lactation induite. J’ai lu pas mal de témoignages qu’on peut trouver sur Internet, notamment de femmes québécoises, et de femmes adoptantes. Je n’ai pas réussi à entrer en contact avec des personnes qui l’avaient fait. Nous voulions tenter un co-allaitement. Mais ma compagne ayant subi un cancer du sein et les traitements associés (chimiothérapie puis radiothérapie), elle n’a finalement pas pu mener à bien son projet d’allaitement. Je me suis retrouvée à allaiter notre bébé à 100%. Ce n’était pas prévu et, pour être honnête, je ne pensais pas que ça serait possible ! 

  • Comment avez-vous fait pour trouver des infos, des conseils ? 

J’ai suivi aveuglément les conseils de mon amie médecin parce que l’information sur le sujet, en France, est rare et même quasi inexistante. Je n’en avais jamais entendu parler et je n’ai rencontré, par la suite, presque personne qui connaissait le phénomène. 

  • Avez-vous été accompagnées par du personnel soignant ? Comment votre projet a-t-il été reçu par le personnel médical ?

Mon amie médecin m’a donc informée du protocole à suivre, m’a expliqué comment les choses se passaient dans mon corps, et je me suis lancée ! Pendant la grossesse, nous avons été suivies par un sage-femme libéral qui s’est montré très enthousiaste et encourageant quand on lui a parlé de notre projet. Après la naissance, à la maternité, aucune sage-femme ni aucune puéricultrice n’avait jamais entendu parler de la lactation induite, nous sommes passées pour de véritables OVNI, on a eu plusieurs visites dans notre chambre de « bonjour, c’est vous qui… ? » avec des demandes d’explications. C’était toujours très bienveillant, certaines étaient émerveillées et regrettaient de ne pas être au courant. 

  • En quoi a consisté le protocole que tu as suivi ? J'imagine que c'était contraignant, peux-tu détailler les éventuels effets sur ton corps, ton moral ? Est-ce que le tire-lait a été douloureux au début ?

Le protocole consiste en la prise d’une pilule contraceptive, pour « duper » le cerveau et lui laisser croire que le corps entame une grossesse. Puis la prise d’un comprimé anti-nauséeux, qui, pris à haute dose, permet la hausse de la prolactine, hormone qui intervient dans la lactation. Enfin, et c’est la partie la plus importante, il s’agit de stimuler, dès le 7ème mois de grossesse, au tire-lait, à raison de 15 minutes toutes les trois heures. 

C’est assez contraignant, et il faut surtout avoir… du temps ! Il se trouve que j’en avais et que j’étais très motivée. Le tire-lait a été douloureux les 15 premiers jours, je dirais, mais rien d’insurmontable. Il faut surtout s’accrocher psychologiquement, car, au début… il ne se passe rien. Mais quelle joie quand arrive le colostrum, puis les premières gouttes de lait ! À la fin, avant la naissance, je remplissais des biberons entiers, ce qui m’a permis de congeler pas mal de lait, et aujourd’hui, je suis bien contente d’avoir ce stock à disposition. 

  • Avez-vous rencontré des difficultés pour mettre en place cet allaitement à l'arrivée de votre bébé ?

Quand notre fille est née, il était évident pour nous deux qu’il fallait qu’elle tête d’abord ma compagne, qui a porté le bébé et qui souhaitait allaiter. Pendant plusieurs jours, elle a donc été mise uniquement à ses seins, dans l’attente de sa montée de lait. Lorsque nous avons finalement compris que sa montée de lait ne se ferait pas, alors j’ai mis ma fille au sein, et ça a fonctionné tout de suite ! J’ai été conseillée par les sage-femmes à la maternité sur les positions d’allaitement, mais comme n’importe quelle maman « normale ».

  • Tu avais allaité brièvement ta première fille, qu'est-ce qui a été différent entre ces deux expériences ?

J’ai eu ma première fille il y a dix ans, j’étais toute jeune et je ne savais pas demander de l’aide. Mon accouchement ne s’était pas spécialement bien passé, j’ai subi un gros baby-blues, et malgré mon désir fou d’allaiter, cet allaitement a commencé dans la douleur et je n’ai pas réussi à le poursuivre sereinement. J’ai des images terribles de mon bébé hurlant rejetant mon sein et moi, désemparée, ne sachant pas quoi faire. J’avais fini par tirer mon lait pour le lui donner au biberon, chose que j’ai fait quelques semaines avant d’arrêter, découragée, car le tire-lait représentait à l’époque un véritable cauchemar pour moi… comme quoi !

Mes deux expériences n’ont donc rien à voir du tout. Ce deuxième allaitement vient réparer le premier, consoler ce deuil qu’il m’avait été très difficile de faire. C’est une vraie joie, un vrai plaisir, une chance que je ne pensais pas avoir un jour. 

  • Bénéficies-tu des mêmes aménagements au travail que ceux prévus traditionnellement (local dédié, temps sur les heures de travail, etc.) ?

J'ai dû me battre, à l’aide de délégués syndicaux, avec mon chef qui me refusait mon droit à tirer mon lait sur mon lieu de travail. Une fois qu'il a accepté, les aménagements sont les mêmes que pour mes collègues, oui. Je tire mon lait deux fois par jour chaque journée travaillée, à raison de 30 minutes à chaque fois. 

  • Quels conseils donnerais-tu aux personnes qui souhaitent allaiter un enfant qu'elles n'ont pas porté ?

Avoir vraiment, vraiment envie ! Je crois que ça se joue pour beaucoup dans la tête, donc il faut savoir pour quoi on le fait, et s’en donner les moyens. Et essayer, mais c’est très facile à dire et très difficile à faire, de ne pas culpabiliser si ça ne fonctionne pas, ou pas comme on voudrait. C’est tout de même une prouesse du corps, et il y a mille raisons qui peuvent expliquer les éventuels échecs.

Merci mille fois Pauline pour ton témoignage.


Pour alimenter nos réflexions, nous aimerions recueillir le témoignage de femmes trans ayant allaité ou nourrissant le projet d’allaiter leur enfant. N’hésitez pas à nous écrire à l’adresse suivante : contact@lesflux.fr !


Ateliers numériques

Lors de cet atelier de 2h30, nous vous proposons un temps d’échange puis un temps d’auto-observation dans lequel nous vous guidons dans l’exploration externe de votre sexe. Vous pourrez vous observer chez vous, à côté de la webcam ou avec la webcam éteinte.

Si vous souhaitez participer, il faut vous assurer de plusieurs points :

  • Vous avez un ordinateur ou une tablette avec une webcam et un micro (il est souvent intégré). C’est encore mieux si vous avez un casque ou des écouteurs.

  • Vous avez une connexion internet suffisamment bonne (par exemple vous pouvez regarder une vidéo YouTube de manière fluide).

  • Vous pouvez trouver un endroit calme et isolé dans lequel vous êtes à l’aise pour regarder votre sexe.

Pour vous observer vous devez avoir à portée de main :

  • un miroir à poser (par exemple comme ça ou ça) ou sur pied devant lequel vous pourrez vous asseoir

  • une lampe de poche ou de la lumière naturelle

  • du lubrifiant (vous pouvez utiliser de l’huile végétale ou de l’aloe vera)

Le nombre de participant·e·s est limité à 6 personnes, et un minimum de 4 inscrit·e·s est nécessaire pour que l’atelier se déroule.

Trois dates à venir :

  • le 10 février de 20h30 à 23h

  • le 21 février de 14h à 16h30

  • le 3 mars de 20h30 à 23h

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